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To write or not to write, that is the question

dissabte 28 de noveme de 2009, per  Annie Lesca

CLA-CLA-CLAC
CLA-CLA-CLAC
CLA—CLA—CLAC
Le train entre en gare d’Arcachon et fait son bruit de claquettes métalliques ;
l’enfant étire son fil noir, qui se tortille, qui s’emmèle, qui s’allonge, qui s’échappe et puis revient entre les rails ;
sur la page d’écolier les lettres s’arrondissent, occupent l’entre-ligne, solfège de noires et de blanches alternées sur une portée musicale qui se remplit de sons bizarres.

CLA-CLA-CLAC
CLA-CLA-CLAC
CLA—CLA—CLAC
Une voix lente et chevrotante épèle sans se lasser lettres et sons, épluche les mots jusqu’au noyau, jusqu’à l’amande,
pendant que je trempe la plume dans l’encrier pour en tirer ce fil noir et puis le déposer, soigneusement, entre les lignes ;

J’ai six ans, je sors de l’hôpital et pas question de retourner à l’école cette année-là ;
un vieil instituteur à la retraite orphelin de son fils unique victime de la Gestapo a proposé de m’apprendre à lire et à écrire ; la fenêtre de son bureau donne sur la voie ferrée et là, tous les après-midis, pendant une heure, inlassablement, il va m’apprendre le b-a-ba de l’alphabet qui s’incrustera dans mes oreilles au rythme de l’entrée des trains en gare d’Arcachon.

CLIQUE-TI-CLA-AC
CLIQUE-TI-CLA-AC
J’ai trente ans, au lieu d’souliers à talons, j’viens de m’offrir ma première machine à écrire, à boule et effaceur intégré ;
assise sur un tabouret blanc, je découvre jour et nuit la joie d’écrire sans avoir à écrire, grâce à ce nouveau piano.
Plus besoin de suivre les lignes, la page blanche se couvre toute seule KOMILFO ;
Plus besoin d’être lisible, les mots s’affichent sans effort ;
Je change de boule, mes phrases partent en voyage ;
Touches noires aux majuscules blanches mettent enfin les lettres à ma portée,
et depuis, j’écris.

CLA-CLA-CLA-CLA
CLA-CLA-CLA-CLA
CLA-CLA-CLA-CLA
CLA-CLA-CLA-CLA
Lundi-16-novembre-à-Toulouse,-9heures-du-matin,
nous sortons de la gare et là, devant moi, sur le trottoir mouillé de la Carrièra de las flors, les trois valises à roulettes de mes camarades tracent un double sillage métallique.
Je les suis, tête baissée, presque à hauteur des rails : Mais comment vais-je faire cette semaine pour dévider la pelote de ce p... de mémoire professionnel ?

signé une dys-quel-que-chose reconnaissante à un instit oublié.

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cliché E.S.

P.S.

mes quatre étapes d’écriture :
- souvenir jailli d’une maison aux volets désormais fermés, devant laquelle je passe en vélo aller-retour, sur le chemin de mon école cet automne ;
- "ébauches foliaires ayant passé leur hiver à l’abri des bourgeons, protégées par les écailles ; ces bourgeons ont suspendu leur développement sous l’effet d’un puissant contrôle : la dormance qui inhibe la croissance cellulaire" (merci inra.fr) et leur permet de prendre forme et force ;
- débourrement provoqué par la musique de la langue occitane dans le métro de Toulouse depuis quelques semaines ;
- feuilles dépliées par un atelier d’écriture de Jacqueline Culetto et Françoise Heinrich le jeudi 19 novembre.

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