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Immersion et DNL

dissabte 22 de mai de 2004, per  Annie Lesca

article de Jean Duverger dans le numéro 329 de septembre-octobre 2003 de la revue le français dans le monde éditée par CLE International

Dans l’enseignement bilingue, il y a les professeurs qui enseignent LE français et ceux qui enseignent EN français. La réflexion qui suit souligne l’importance - et la spécificité - du travail de ces enseignants, insuffisamment aidés et reconnus.

NDLR : dans les citations qui suivent "le français" est systématiquement remplacé par la langue seconde. Pour retrouver l’article d’origine, cliquer sur le lien ci-dessus.

Ce sont les professeurs de « disciplines non linguistiques » (DNL).

Toute la spécificité, l’originalité, la richesse, voire l’excellence des sections bilingues repose fondamentalement sur ces professeurs.

Sans eux, sans ces « professeurs de DNL », pas de sections bilingues...

Utiliser la langue 2 comme langue d’enseignement, comme langue instrumentale, pour apprendre des contenus disciplinaires, est évidemment un excellent moyen de conforter cette langue, de la tester, de la mettre à l’épreuve ; c’est une mise en pratique fonctionnelle, opérationnelle, c’est une manière d’évaluation, une épreuve de vérité.

Ces bénéfices linguistiques sont maintenant parfaitement avérés.

- Mais il y a plus : utiliser la langue deux, des documents et livres scolaires en langue 2 - parallèlement aux outils didactiques ordinaires en langue première - pour enseigner/apprendre des contenus de telle ou telle discipline,

  • c’est varier et diversifier les approches méthodologiques et didactiques,
  • c’est favoriser l’abstraction et la conceptualisation (la langue seconde étant forcément plus abstraite que la première, lourdement chargée d’affectivité).
  • Et puis c’est aussi revisiter l’épistémologie de cette discipline et donc, au total, favoriser les constructions conceptuelles.
  • Enfin, comment ne pas voir que cette utilisation de deux codes linguistiques pour apprendre (au lieu d’un seul) est porteuse d’ouvertures culturelles, chaque langue, on le sait, « découpant le réel » à sa manière...

Moduler les principes méthodologiques

La littérature spécialisée est bien réduite concernant les méthodologies possibles applicables aux enseignements en deux langues. On pointera ici quelques questions qui semblent incontournables, même si les réponses apportées peuvent varier :

- (...) Chaque programme bilingue, selon le lieu et le moment, pourra choisir des solutions différentes pour « croiser » les contenus, l’idée centrale d’un enseignement bilingue étant qu’il doit se dérouler EN deux langues, au sein même des disciplines choisies ; on peut parler de macroalternance pour désigner les chapitres, thèmes ou sujets qui seront enseignés soit en langue 1, soit en langue 2.

- De la même façon, il convient de mettre en regard les approches méthodologiques utilisées normalement en langue 1 et 2, en comparant les manuels scolaires, en s’interrogeant sur les traditions pédagogiques et culturelles des deux pays correspondant aux deux langues d’apprentissage ; c’est là source de richesses, d’analyses, d’ouvertures intellectuelles.

- Enseigner en deux langues signifie aussi que les deux langues sont omniprésentes dans les apprentissages et l’on ne se privera pas de reformulations, de synthèses dans les deux langues, confortant les conceptualisations ; l’on peut parler alors de microalternance.

- Le professeur de DNL devrait pouvoir par ailleurs entretenir des relations privilégiées avec le professeur de langue 2, et de nombreuses formes de travail en commun sont possibles, tant au niveau des préparations qu’à celui des évaluations.

- Un enseignement bilingue devrait être également le plus souvent conduit selon les pratiques d’une « pédagogie de projet », comportant par conséquent des approches et recherches comparatives dans les deux langues et débouchant sur des productions bilingues, voire très vite plurilingues, car on peut naturellement adjoindre à ces projets les autres langues (anglais, etc.).

Ces quelques questions de principes, trop rapidement évoquées, mériteraient de longs développements, mais l’important est de ne pas les occulter, sachant que des réponses différentes seront apportées selon les environnements et les ressources humaines locales.

Faut-il noter enfin - mais là encore les choix nationaux sont différents - que toutes les disciplines se prêtent aux enseignements bilingues ? Il n’y a que des bénéfices à varier les matières enseignées en deux langues, tout au long d’un curriculum : les registres, les manières de parler la langue 2 varient en effet largement d’une discipline à l’autre, d’où des nuances, des ajouts, de précieuses complémentarités...

D’indispensables conditions pour réussir

Ces principes et pratiques spécifiques, à inventer, ne vont pas de soi, et il est clair qu’il faut particulièrement choyer les professeurs de DNL de sections bilingues, beaucoup plus qu’on a pu le faire jusqu’alors.

- On doit les aider à affiner en permanence leurs pratiques de la langue 2, par toutes sortes de formules de formation permanente (stages, cours spécifiques, séjours en pays ...).

- On doit aussi penser à la formation initiale des futurs professeurs de DNL, et c’est là qu’une formule de « bivalence » (comme en Allemagne) peut se révéler utile...

- On pourrait aussi, très vite, institutionnaliser des échanges poste à poste (comme pour les professeurs de langue) permettant aux professeurs de DNL de séjourner pendant des temps significatifs dans des classes du pays de l’autre langue.

- L’accès à la documentation en langue 2, via l’internet, pourrait être systématisé, facilité, régulé. Des sessions de formation dans ce domaine seraient utiles.

- Mais, surtout, il conviendrait de multiplier les stages spécifiques pour ces enseignants de DNL, par discipline ; le Centre international d’études pédagogiques, en relation avec le ministère des Affaires étrangères, a démarré un cycle de stages dans cette perspective :

- il faut poursuivre, de la même façon qu’il faudrait encourager les recherches universitaires concernant l’enseignement bilingue, particulièrement rares en France, même si elles ne sont pas tout à fait inexistantes.

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