samedi, 18 novembre 2017|
 

Leïla Sebarr à Bordeaux

"Ce matin, l’étage du Musée d’Aquitaine consacré à l’esclavage était VIDE" constate-t-elle avec amertume.

Des tonnes de répliques étaient prêtes à fuser :

  • à 500 mètres de là, place de la victoire, les amateurs d’anthropologie découvraient les Ashuars, des Indiens d’Amazonie, qui pensent que les tubercules de manioc qu’ils plantent dans leurs jardins forment entre eux une société humaine. Des anthropologues proposaient des clefs pour découvrir comment le monde est mis en sens par l’homme ;
  • l’ethnologie n’a plus sa place dans les musées : l’emblématique musée des ATP a fermé ;
  • qui va "monter à l’étage" découvrir les salles permanentes sur la traite négrière ouvertes il y a quatre ans, après un interminable circuit au rez-de-chaussée dans le passé du patrimoine bordelais, au risque de ternir la belle image ?

Mais elle est déjà passée à autre chose, cette "lady" qui ne mâche pas ses mots, qui attire la contradiction et manie le verbe à l’oral avec autant d’aisance qu’à l’écrit.

Ses amis les livres lui ont d’abord permis, pendant trente ans de carrière universitaire de s’abriter dans sa citadelle d’intellectuelle et de survivre à l’inquisition malveillante que suscit(ai)ent son nom, ses racines, son passé, en un mot ses différences, et ce depuis les années d’internat.

Puis, quand elle a commencé à tremper sa plume (de stylo) dans l’actualité, elle a découvert que l’écriture était un moyen grisant d’entrer dans la vie des autres, de les faire parler, de vivre avec eux.

Et depuis elle écrit, autrement : "J’ai écrit parce que je ne parlais pas la langue de mon père."

Au lieu de rester dans l’analyse de la littérature, elle en est devenue, depuis les années 80, actrice, productrice, éditrice ;
et elle affronte même ses lectrices et ses lecteurs lors des rencontres organisées pour présenter son écriture ; elle répond à toutes leurs questions, comme elle l’a fait à Pessac ce week-end... mais ne supporte pas les critiques des "analphabètes", ceux et celles qui n’ont pas lu avant de prendre la parole. Elle félicite et encourage au passage les bibliothécaires pour leur engagement fort dans la survie du livre.

Une femme libre, qui a l’honnêteté de proclamer haut et fort que sa liberté a des limites, celles de son époque, celles de la décolonisation dont elle est historiquement issue ; aussi décortique-t-elle sans se lasser les enfances de son talent d’écrivain, ou celles d’autres écrivains.

Une femme qui n’a pas peur de jouer avec les paradoxes et de comparer la vie de ménagère et celle d’écrivain dans ce très beau texte.

La bibliothèque Pablo Neruda avait préparé ses habitué(e)s à cette visite avec ce choix de livres, dont j’ai retenu celui d’une autre Leïla, "l’étoile dans la nuit de ses parents" : Le cahier de Leïla, de l’Algérie à Billancourt (docu-fiction chez Autrement Jeunesse).

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